Marie-Louise, 93 ans, garde-barrière émérite
A sa fenêtre elle m’avait salué alors que, lentement, je passais devant sa maisonnette, juste avant le passage à niveau… Il m’a fallu attendre un moment pour qu’elle ouvre ses volets à nouveau après m’avoir sans doute surveillé derrière ses persiennes…
Voix cassée elle m’accueille et commence à raconter…
Elle avait commencé le métier de garde barrière toute jeune. Au début, il n’y avait qu’un banc sur lequel elle attendait le passage des trains, fermant et ouvrant la barrière. Puis un jour, un abri a été construit pour la protéger de la pluie et du vent. Elle venait là le matin, repartait le soir…
Un jour la SNCF la logea avec son amoureux dans cette petite maison qu’elle finit par acquérir près de la barrière. Le souvenir de son homme revient, dans chaque pièce, dans la cuisine aussi ; il avait construit les meubles ; « on s’entendait bien, on est restés cinquante ans ensemble… »
Elle a le regard plein de nostalgie, rempli de souvenirs qui se mélangent un peu, plus ou moins heureux… Elle n’a pas eu d’enfant, il ne lui reste que son petit frère Jojo, elle l’avait fait naître alors qu’elle avait douze ans, à l’âge auquel, à pousser la charrue derrière le bœuf, elle avait perdu sa fécondité.